Un atelier d’écriture pour la Journée Nationale des Aidants

Dans le cadre de la journée nationale des aidants, le 6 octobre dernier, Accueil Savoie Handicap a souhaité faire intervenir un.e écrivain.e pour animer un atelier d’écriture : un moment de détente et de lâcher-prise, pour découvrir l’écriture comme moyen d’expression, de rêve, d’échappatoire face à des situations parfois complexes. L’occasion aussi de traiter de manière indirecte de la vulnérabilité, de l’entraide, voire de la maladie et du grand âge.

C’est Marjorie Tixier, autrice dont le livre est en lice pour le prochain Festival du premier roman, qui a été sollicitée pour animer cet atelier. Le projet devait à l’origine concerner plusieurs petits groupes sur une demi-journée. Mais compte-tenu de la situation sanitaire actuelle, l’atelier s’est déroulé sur une seule séance, à distance. 

 

Un succès dont l’autrice témoigne ! 

“Un groupe de huit aidants a rejoint l’atelier qui s’est déroulé le mardi 6 octobre 2020 en visio-conférence en raison des conditions sanitaires. Le groupe, composé de sept femmes et d’un homme, s’est d’emblée soudé autour de la proposition de se lancer rapidement dans l’écriture car l’atelier ne durait que trois quarts d’heure. En cinq minutes, j’ai lancé quelques propositions sous forme d’amorces pour servir de déclencheur à l’écriture. J’ai ainsi engagé les participants à écrire sous la forme du journal intime, du récit fictif ou de la poésie ; mais peu importait la forme, seul comptait la spontanéité du premier jet pour que chacun puisse prendre confiance dans sa capacité d’écrire et sentir que ce geste peut offrir à la fois du divertissement et un apaisement personnel. Les participants ont ensuite pris une dizaine de minutes pour écrire. Un grand silence s’est installé. Les visages se sont penchés sur les feuilles déjà prêtes et les stylos se sont mis à danser sur le papier.

À l’issue des dix minutes, l’envie de lire et de partager ce qui avait été écrit à la hâte était forte pour la plupart des aidants, à l’exception d’une dame qui a préféré garder son texte pour elle. Durant cette étape de l’atelier, chacun a pu se présenter, résumer en quelques mots sa situation d’aidant ou de malade. La plupart des participants qui ont accepté de lire leur texte spontanément faisait déjà partie d’un atelier d’écriture régulier à l’AQCV, au Centre social des Moulins ou encore au Covet. Danièle, Odile, Jinny et Eliane formaient ainsi une équipe habituée à écrire ensemble et je pouvais sentir combien elles étaient proches, organisées et aptes à se répartir la parole et la mise en voix de leurs écrits. De son côté, Nathalie faisait ses premiers pas sur le chemin de l’écriture et c’est un texte sensible, vrai et cathartique qu’elle a pu rédiger et lire avec un profond sentiment de soulagement. Dans son cas, j’ai eu la sensation qu’elle avait franchi un cap et pris confiance pour continuer à écrire afin de trouver par là un moyen de surmonter l’épreuve de la maladie de son père en exprimant ses propres émotions. Quant à Patricia, c’est par le récit qu’elle est revenue à l’écriture après une longue période de silence. L’atelier lui a ainsi permis de constater qu’elle pouvait reprendre l’écriture à tout moment. Une autre dame a choisi la poésie pour s’extraire de la morosité de sa situation, explorant ainsi les ressources de la nature. Enfin, Bruno, atteint d’une grave maladie, a accepté de nous lire quelques pages du journal qu’il avait tenu à sa sortie de l’hôpital, à l’époque où il avait perdu le sommeil, en proie à la souffrance et à l’incertitude.

L’atelier s’est achevé par un moment d’échange et de partage des expériences et des ressentis, avant que les personnes coutumières des ateliers d’écriture chambériens n’indiquent les lieux et les horaires de leurs rencontres respectives. L’atelier a quelque peu dépassé le temps qui nous était imparti pour que l’échange puisse être bouclé avec un temps de parole et de conclusion pour chacun.

En tant qu’auteure, j’animais pour la première fois un atelier d’écriture avec un public adulte. Le statut d’aidants ou de malade, dans le cas de Bruno, des participants donnait une tonalité toute particulière à ce groupe car il était évident que les personnes que je rencontrais traversaient des situations de vie souvent difficiles et douloureuses. Je crois que cela s’est fortement ressenti dans leur capacité à se mettre immédiatement à l’écriture, comme s’il s’agissait d’un besoin impérieux et que le temps leur était compté. J’ai ressenti à quel point leurs textes étaient vrais, spontanés et vibrants. L’écriture était pour eux à la fois un moyen d’évasion, mais aussi, et peut-être surtout, une façon de libérer leurs émotions pour se soulager et continuer à vivre quelque peu allégé du poids des blessures. J’ai vécu cet atelier comme une rencontre, certes très courte dans le temps, mais intense et marquante dans la durée.

Deux mois plus tard, jour pour jour, je me souviens de chaque visage qui, comme un puzzle, se sont assemblés un à un sur mon écran. Je me souviens combien j’étais émue de partager toutes ces expériences de vie et combien je me suis sentie touchée et honorée d’en être le témoin. Cela m’a apporté de la force et de l’énergie pour avancer dans l’écriture et nourrir davantage encore mon projet d’explorer les émotions humaines et les liens qui nous unissent pour les traduire dans des romans ou des poèmes. L’écriture, au-delà des particularités de chacun d’entre nous, a le pouvoir de réunir et de permettre d’échanger avec naturel et sans jugement. Pour bon nombre d’aidants ce soir-là, c’était un besoin. J’espère que celui-ci a pu être assouvi et se transformer par la suite en une envie régulière, capable d’apaiser les aidants et de les alléger, pour un temps, du poids de leur quotidien. »

Marjorie Tixier