Les avis s’échangent lors de l’apéro littéraire de Noël

Petits ou grands lecteurs, à la recherche d’un livre à découvrir, à partager, à offrir ? Voici quelques avis de lecture sur les premiers romans francophones en lice pour le prochain Festival du premier roman !

 

. Sans eux de Caroline Fauchon (Actes sud)

Roman étrange et limite science-fiction, qui nous montre un monde dans lequel les hommes disparaissent progressivement sans révolte ni étonnement de la part des femmes , tout naturellement …. Au départ, trois jeunes femmes nouent leur amitié au cours d’une randonnée qui leur fait découvrir ce qu’est leur force et se retrouvent ensuite dans une société civile que l’on voit évoluer souplement vers la mise en place des femmes dans tous les postes de la vie économique et politique . L’une des trois cependant, la plus lucide, est chargée officiellement par un centre de procréation de rédiger des fiches destinées aux enfants afin qu’ils sachent en quelques lignes qui est leur géniteur ! Parallèlement elle mène l’enquête pour retrouver ces hommes affaiblis et en voie d’effacement , tels des dinosaures. Dans cette fable bien écrite , l’auteure exploite malicieusement la montée du féminisme et pousse la fiction jusqu’au bout. Néanmoins, on s’étonne que cette société de femmes se mette en place sur une période non précisée mais courte , sans heurt et sans incident ! Il est peu vraisemblable qu’une telle évolution physiologique , un tel affaiblissement des hommes puisse prendre place en 250 pages …. Malgré cette critique de construction du récit, le roman se lit avec plaisir malgré une fin alambiquée.

 

. Max de Stéphane Olivié-Bisson (Cambourakis)

Exercice littéraire sur une centaine de pages . L’auteur se met dans la peau de cet acteur du muet, très célèbre en son temps, contemporain d’Arletty , ami de Charlie Chaplin qui s’est inspiré de ses gags inventifs et qu’il appelle son « professeur » . Auteur et producteur d’environ cinq cent films, tous ou presque disparus ou tombés dans l’oubli Max Linder est en fait un pseudonyme qu’il prit à ses débuts dans la comédie pour ménager une famille coincée et rigide des environs de Bordeaux. Le livre prend la forme d’un dialogue de l’au-delà avec sa fille qui avait dix-huit mois lors du  suicide de ses parents et dont nous comprenons qu’elle a tenté toute sa vie de retrouver les petits films disparus , abimés ou enterrés par la famille hostile ! La construction apparait sous forme de paragraphes alternés , les uns relatant la vie de ce petit dandy d’un mètre soixante , incroyablement doué pour inventer des gags dont les comiques américains se sont inspirés et dont la célébrité énorme dans le monde entier lui a inspiré de vivre dans des décors et fêtes extravagantes , les autres à l’inverse prenant la forme du «  lamento » d’un homme instable, névrosé, jaloux féroce de la jeune femme qu’il a épousée et qui court vers une mort annoncée. Intéressant sur la vie de ce mythe tombé dans l’oubli , recruté pourtant à prix d’or par Louis Pathé et dont il ne reste que peu de films et une grande salle à son nom sur les grands boulevards, ce livre m’a passablement énervée à la lecture des paragraphes rédigés de l’au-delà qui m’ont paru amphigouriques …

 

. Louvre de Josselin Guillois (Le Seuil)

Ce premier roman pourrait être l’histoire du directeur du musée du Louvre (Jacques Jaujard) qui a réussi une incroyable aventure consistant à vider le Louvre des ses peintures, sculptures, antiquités et œuvres diverses entre 1939 et 1945 pour les soustraire à l’appétit de l’organisme de spoliation allemand en général et du Reichsfürer Goering en particulier lequel , grand amateur d’art , se constituait une collection privée. Le transport fut effectué par camions et péniches, à la sueur de centaines de volontaires ou recrutés au gré des châteaux divers (dont Chambord) qui servaient d’abri aux œuvres . L’auteur cependant, a choisi de mettre en scène trois femmes étroitement liées à cet homme (son épouse, sa filleule, sa maitresse) et de nous faire lire leur journal rédigé en trois époques .L’épouse , obsédée par le désir d’enfant et le désir charnel envers son mari ; la filleule, adolescente qui guette les signes de la puberté attendue avec une impatience morbide ; enfin l’actrice (ayant subi un avortement) qui renoue avec le Louvre et son ancien amant pour les besoins d’un réseau de résistance . Toutes trois participent à l’aventure et vivent en osmose leur proximité avec les peintures. Roman passionnant pour les amateurs ! Quelle érudition et connaissance des lieux ! On prend plaisir à vider la grande Galerie du Louvre avec l’auteur qui prend le temps, sans aucune cuistrerie , de citer et rappeler à notre mémoire les peintures emballées et mises en caisse ! Beaucoup d’œuvres donc ,mais on sent l’amour et on les revit par la pensée au fur et à mesure . Le style est vivant et s’adapte à cette incroyable odyssée ! Une petite réticence néanmoins : Josselin Guillois a donné de ces trois femmes une image excessivement charnelle, limite obscène et en tout cas obsessionnelle…. Ne prend pas la place d’une femme qui veut… Ce roman ingénieux plaira aussi aux amateurs d’anecdotes historiques et je l’ai lu avec plaisir.

 

Laure, lectrice du comité d’Aix les Bains