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Sabrina Giarratana

Italie | La Parola muta , Perrone

Sabrina Giarratana

L’autrice italienne Sabrina Giarratana s’est dédiée à l’écriture de nombreux textes jeunesse et de poésie après avoir travaillé pendant vingt ans comme rédactrice publicitaire. Vivant toujours dans sa ville natale, Bologne, elle nous livre son premier roman pour adultes La parola muta (Giulio Perrone Editore). 

L’importance des mots est au cœur de ce dernier. La protagoniste Irene découvre tout au long de sa vie leur force mais aussi leurs limites, leur impuissance. L’écriture est une nécessité pour elle et pourtant lorsque son frère tombe malade, elle arrête. Le langage de la maladie, de l’amour, de l’écoute et du pardon traverse toute l’histoire.

En collaboration avec l’Institut Culturel Italien de Lyon.

Photo: ©MatteoMalagutti

La parola muta

PAR LES LECTEURS DE LECTURES PLURIELLES

La parola muta

PAR LES LECTEURS DE LECTURES PLURIELLES

Quel est votre premier souvenir de lecture ?

C’était en 1968, j’avais trois ans. Tous ensemble en famille, papa, maman et mes frères nous regardions un feuilleton-télé tiré de L’Odyssée d’Homère. Avant chaque épisode, le poète Giuseppe Ungaretti lisait à voix haute des vers du poème. Je me rappelle de l’intensité de son regard et de la gravité de sa voix, les expressions du visage. J’étais envoûtée. Sa manière de lire me fascinait et il me touchait bien avant qu’il lise des mots que je comprenais très peu, mais qui suffisaient à susciter en moi un désir de comprendre et à évoquer une musique, un rythme, une profondeur des mots que je n’avais jamais entendus auparavant. Ainsi j’ai porté en moi le mystère du sens de ses mots, mélangé à un enchantement profond. Des années après, au collège, j’ai retrouvé l’Odyssée dans la voix passionnée de mon professeur d’italien, qui nous faisait apprendre par cœur toutes les étapes du voyage d’Ulysse.
Le premier souvenir que j’ai de moi lisant des livres seule est lié à un petit rite. J’avais plus ou moins cinq ans, j’avais appris à lire grâce à ma tante institutrice. Une fois par semaine, j’allais au kiosque à journaux, où ma maman m’achetait un livre. C’était une collection de très petits livres carrés permettant aux enfants de les tenir facilement dans leur main. Les histoires étaient simples mais bien écrites et les illustrations très belles. Je rentrais à la maison et lisais mon petit livre neuf plusieurs fois par jour. J’ai commencé à les collectionner, j’en ai gardé une petite trentaine dans un bac en osier que je déplaçais d’une pièce à l’autre de la maison. Avec le temps, certains ont fini par se détruire parce qu’ils ont été dans les mains de nombreux petits lecteurs : après moi, mes enfants et leurs amis. Cependant une dizaine ont survécu et je les conserve encore.

Quel est votre premier écrit ? De quoi parlait-il ?

Le premier texte que je me rappelle avoir écrit était une poésie intitulée « L’alien ». Elle était dédiée à un de me frères, alors adolescent. Cinq ans de plus que moi, il me semblait tout à coup venir d’une autre planète. Mais, dans la poésie, j’écrivais qu’il était un extraterrestre pour se défendre, pas par nature. Je ressentais que sa nature était très humaine et proche de l’âme profonde des choses.

Quel est selon vous le livre à lire absolument ?

Le premier de ma liste est peut-être L’idiot de Dostoïevski. Parmi les livres de ce très grand romancier, tous des chefs d’œuvre, c’est celui que j’ai le plus aimé et dont je me suis sentie le plus proche. Dostoïevski a la capacité de nous plonger dans ses histoires en donnant vie à des personnages qui, bien qu’évoluant à une époque très éloignée de la nôtre – la Russie tzariste du 19ème siècle – révèlent toujours quelque chose de leur personnalité que l’on retrouve également en nous.
Son écriture a le don de toujours réussir à atteindre l’âme humaine en profondeur et à mettre en lumière, de manière radicale et authentique, les sentiments, les processus psychiques et les contradictions. C’est aussi le roman où le protagoniste, le prince Mychkine, prononce cette phrase célèbre : « La beauté sauvera le monde ». La beauté réussira-t-elle à sauver le monde ? L’espoir réside dans la littérature qui, de son côté, essaie d’y contribuer.

Sabrina Giarratana