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Montserrat Iglesias

Espagne | La Marca del agua , Lumen

Montserrat Iglesias

Notre lauréate espagnole Montserrat Iglesias Berzal est diplômée en journalisme et en philologie hispanique. Elle est professeure de langue et de littérature dans un lycée. Elle a également déjà publié des articles et des critiques littéraires dans différents magazines. En 2021, elle publie son premier roman La marca del agua, sélectionné comme l’un des huit meilleurs débuts narratifs de cette année-là par « El Cultural », revue hebdomadaire culturelle.

En avril 1950, le village de Hontanar au beau milieu de l’Espagne va disparaitre sous les eaux d’un barrage. Tous les habitants sont déjà partis pour la fête d’inauguration du nouveau village. C’est alors que le protagoniste Marcos découvre sa sœur Sara pendue dans l’étable. Il la charge sur sa charrette pour partir eux aussi. Trois moments s’entremêlent : le présent avec Marcos, ses pensées et rencontres ; le passé de la vie de la famille avec le conflit entre Marcos et sa mère au sujet de Sara et le passé plus récent avec la relation entre Gabriel, l’ingénieur chargé des travaux du barrage, et Sara.

Les thèmes centraux sont le déracinement, l’oubli, la famille, la mort et la mémoire.

Avec le soutien de l’Instituto Cervantes de Lyon.

Photo: ©RicardoQuesada

Si el carro se hunde en alguna poza, no seré capaz de volver a sacarlo. Lo mejor es que Noble parece contento, le gusta el olor de los cortados y el ruido que hace el río, que suena en el eco de las hoces como si fuese mucho más caudaloso de lo que jamás fue. Tampoco Sara se ha movido desde que nos alejamos de la presa. Será que se acostumbra poco a poco a estar muerta, o que sabe que tiene que ayudarme a llegar al pueblo nuevo antes del mediodía.

 

Si la charrette s’enfonce dans une mare, je ne serai pas capable de l’en sortir. Mais bon, Noble (le cheval) semble content, il aime la senteur des falaises rocheuses, le bruit de la rivière, dont l’écho résonne dans les gorges comme si ses eaux étaient plus abondantes que jamais. Quant à Sara, elle n’a pas bougé non plus depuis que nous nous sommes éloignés du barrage. Peut-être se fait elle à l’idée d’être morte, ou sait elle qu’elle doit m’aider à atteindre le nouveau village avant midi.

La Marca del agua

PAR LES LECTEURS DE LECTURES PLURIELLES

La Marca del agua

PAR LES LECTEURS DE LECTURES PLURIELLES

Quel est votre premier souvenir de lecture? 

Comme toute chose importante dans ma vie, c’est ma mère qui m’a inculqué l’amour de la lecture. Bien qu’elle n’ait pas fait d’études, elle a toujours été une lectrice exigeante et avec un discernement qui, plus le temps passe, mérite davantage de respect. Chaque samedi matin, elle nous emmenait ma sœur et moi dans ce qui s’apparentait le plus à une librairie dans le quartier ouvrier où mes parents nous ont élevées non sans peine : la boutique de Monsieur Jean. C’était à la fois boulangerie, épicerie, magasin de bonbons et kiosque. Là ma mère nous laissait choisir chacune un conte qu’ensuite nous lisions et relisions chez nous pendant qu’elle préparait le repas. En quelque sorte, le bibus du vestibule où on rangeait ces livres de contes a été ma première bibliothèque et, dans mon l’idée de la lecture, survit cette sensation de moment spécial, aimable, familier et festif de l’enfance.

 

Quel est le premier texte que vous avez écrit? De quoi s’agissait-il?

Mes premières créations furent orales, en rapport aussi avec les contes que nous achetions chez Monsieur Jean. Une distraction qui nous enchantait ma sœur et moi, c’était de sortir tous les livres du bibus, en choisir un et inventer une histoire à partir des seules illustrations. Moi je prenais surtout plaisir à créer des histoires et ma sœur aimait les écouter ; ainsi donc, je crois qu’elle a été ma première auditrice/lectrice. Mais mon premier texte écrit, que je conserve encore, c’est un récit que j’écrivis à l’âge de six ans sur une famille de petits pois qui parlaient. Un des petits pois se perdait dans le marché et les autres le cherchaient jusqu’à ce qu’ils le retrouvent. Au fond, c’était un texte autobiographique, car j’avais à l’époque une tendance innée à me perdre au milieu des étalages chaque fois que ma mère me prenait avec elle pour faire les courses. Ce qui est curieux c’est que c’était vu non pas depuis le petit pois égaré, mais depuis la famille qui n’avait de cesse de le retrouver.

 

Quel est pour vous le livre à lire à tout prix? 

Aucun livre n’est essentiel, de même qu’aucun n’est inutile. S’il y avait un livre essentiel, la majorité des humains vivraient, prendraient du plaisir et créeraient sans l’avoir lu et c’est une idée complètement absurde, Cependant , chacun a ses livres incontournables, ceux qui l’ont fait être tel qu’il est. Les miens, ceux qui composent la sève qui me nourrit comme lectrice  – on lit selon ce que l’on a lu –  et comme écrivaine, ce sont : en tant qu’héritière de la culture Occidentale, la Bible, l’Iliade et l’Odyssée – malheureusement, ces trois œuvres ont épuisé tous les thèmes « nouveaux » possibles – ; en tant qu’espagnole, La Célestine, Lazarillo de Tormes, et Le Quichotte, sont les piliers à la base de notre littérature et, j’oserais dire, de notre langue ; et, en tant que femme avec son propre chemin de vie, trois œuvres m’ont marquée à jamais : La Régente, à mes treize ans ; Conversation à la Cathédrale, à vingt et un et Gudú, le roi oublié, à trente.

Montserrat Iglesias