Critiques de lectures

Petits ou grands lecteurs, à la recherche d’un livre à découvrir, à partager, à offrir ?
Voici quelques avis de lecture sur les premiers romans francophones en lice pour le prochain Festival du premier roman !

 

Michèle, membre du groupe de lecture de Curienne :

Antonia : journal 1965-1966 de Gabriella Zalapi (Zoé)
Roman court, simple, agréable à lire mais qui reste assez pâle et qui laisse un peu le lecteur à l’écart en lui relatant des faits sans réelle invitation au partage.

Nafar de Mathilde Chapuis (Liana Lévi)
Dans un contexte d’actualité sur l’émigration syrienne, belle invitation au partage du parcours d’un être perdu mais qui avance sans baisser les bras, qui ne s’avoue pas vaincu devant le mépris, la trahison, les faux départs ; une belle leçon de vie et de persévérance décrite avec beaucoup d’humanité, de pudeur, voire de poésie, de réalisme par cette narratrice anonyme et amoureuse qui tend le fil de la protection et de l’espoir de l’homme à la veste bleue et au casque d’Hadès.

77 de Marin Fouqué (Actes Sud)
Roman intense de par l’histoire de ces jeunes de banlieue qui ne croient plus en la vie au quotidien, perdus dans un monde fictif sans repère, mais surtout par l’écriture vive, expressive, sans concession, sans pause ; une succession de mots, de phrases ; c’est lourd et profond, difficile de rentrer dedans mais difficile de ne pas aller au bout ; style innovateur qui soit ape le lecteur ou le repousse.

Imane de Lina Zakhour (Hémisphères éditions)
Récit entièrement consacré à l’instabilité politique du Liban depuis des décennies, terrain de jeux des grandes puissances mondiales ; balloté, déchiré par les guerres de religion et leur horreurs au quotidien ; conflit dans lequel ce petit pays aux 18 confessions survit accroché à ses désespoirs, son fatalisme mais aussi ses rêves de liberté et son insouciance ; Beyrouth et son amour pour la vie ; Beyrouth et son chaos ; Beyrouth se révolte, s’amuse mais ne croit plus en grand-chose ; à l’image d’Imane souffrir, paraitre, voir, être vu.

Bazungu de Cécile Desmoulins (Robert Laffont)
Roman basé sur des faits réels qui révèle au lecteur une page d’histoire africaine très mal connue. Construction simple ; le déroulement de l’histoire est quelque peu brouillon (manque d’éléments de liaison entre les faits relatés comme un récit de journaliste) ; certaines incohérences pour justifier le romanesque ; manque de concision et de rigueur ; style plat, ne suscite pas l’intérêt du lecteur ; dommage car le sujet est intéressant.

Trois jours à Berlin de Christine De Mazières (Sabine Wespieser)
La chute du mur de Berlin. Superbe roman ingénieusement construit, sans longueur, vivant et bien écrit où le lecteur participe à ce moment vibrant de l’histoire allemande mais aussi européenne et mondiale au travers du vécu personnel de chacun des personnages tant de l’Est que de l’Ouest (et surtout d’Anna) ; leur passé, leur présent, leur incrédulité, leur frustration, leurs attentes, leurs doutes, leurs espoirs et leur soumission ; tous naturellement incarnés avec simplicité sous la plume bien structurée de l’auteure. L’intime rencontre l’émotionnel individuel ou collectif pour cette page d’histoire exceptionnelle qui se joue comme une explosion, une stupéfaction sous le regard bienveillant de l’Ange Cassiel.

J’écris ton nom de Sylvestre Sbille (Belfond)
L’intérêt de ce roman tient de ses différentes facettes révélant les caractères et intérêts individuels dans le contexte du nazisme à Bruxelles ; L’idéal, le rêve, l’amour, l’insouciance, la force de vie et l’héroïsme des uns, l’oppression des Juifs, l’intérêt, la cupidité, la perversité, la violence, la trahison des autres. Très belle fin portée par une réflexion philosophique et spirituelle.